Ransomware (rançongiciel) : définition, exemples et comment s'en protéger
Qu’est-ce qu’un ransomware, comment fonctionne-t-il, quelles sont ses conséquences pour une PME et que faire en cas d’attaque ? Un guide clair pour comprendre, prévenir et gérer les rançongiciels.
Dans de nombreuses entreprises, une attaque par ransomware ne commence pas par un message de rançon. Elle commence par un détail qui passe inaperçu comme un email ouvert trop vite, un accès distant laissé actif, une mise à jour repoussée. Pendant plusieurs jours, parfois plusieurs semaines, rien ne semble anormal. Les outils fonctionnent, la production continue, les équipes travaillent.
Puis, sans avertissement, l’accès aux fichiers devient impossible. Les applications métiers ne répondent plus. Les postes affichent des messages d’erreur ou refusent de démarrer. À ce moment-là, l’attaque est déjà terminée du point de vue de l’attaquant. L’entreprise découvre simplement les conséquences.
Les ransomwares ne sont plus des incidents informatiques ponctuels. Ils sont devenus des scénarios d’interruption d’activité, capables de mettre à l’arrêt une organisation entière en quelques heures. Comprendre comment ces attaques fonctionnent, pourquoi elles touchent autant les PME et comment limiter leur impact au moyen d’une architecture de cybersécurité professionnelle est désormais une question de continuité d’exploitation, bien plus que de simple sécurité technique.
Qu’est-ce qu’un ransomware ?
Un ransomware, ou rançongiciel, est un logiciel malveillant qui chiffre les fichiers ou verrouille l’accès à un système, puis exige le paiement d’une rançon, souvent en cryptomonnaie, pour les restaurer. C’est un logiciel malveillant qui rend les fichiers inaccessibles et bloque votre activité jusqu’à ce que vous payiez… ou que vous disposiez d’un plan de réponse efficace.

Les attaquants s’appuient sur la peur, l’urgence et la pression économique pour récolter leur rançon. Parfois, une attaque DDoS est menée en diversion afin de maximiser les chances de réussite du ransomware.
Histoire et évolution des ransomwares
Les ransomwares ne sont pas nés avec le cloud ou les cryptomonnaies. Leur histoire commence à la fin des années 1980 avec le AIDS Trojan, un programme diffusé sur disquettes qui verrouillait l’accès aux fichiers puis réclamait un paiement par courrier postal. Les bases du modèle économique actuel étaient déjà posées : bloquer, extorquer, encaisser.
L’essor de l’Internet haut débit et des systèmes de paiement en ligne a ensuite permis aux cybercriminels de passer à l’échelle. Des variantes comme Gpcode ont commencé à utiliser des algorithmes de chiffrement plus solides, rendant les fichiers réellement inaccessibles sans clé.
En 2013, CryptoLocker marque un tournant. Ce ransomware exploite massivement la cryptomonnaie, en particulier le Bitcoin, pour faciliter les paiements anonymes. Le modèle devient alors extrêmement rentable, et les campagnes se multiplient.
En 2017, des attaques comme WannaCry et NotPetya provoquent des perturbations à l’échelle mondiale, en exploitant des failles non corrigées dans les systèmes Windows. Depuis, les ransomwares n’ont cessé de se professionnaliser : industrialisation des attaques, spécialisation des gangs, services de négociation, infrastructures d’hébergement dédiées…
Aujourd’hui, les gangs de ransomware utilisent des techniques avancées et s’appuient sur des modèles de type “Ransomware-as-a-Service” (RaaS) et exploitent l’IA pour rendre leurs campagnes plus ciblées, plus discrètes et plus efficaces.
Comment fonctionne un ransomware ?
Derrière la variété des familles et des modes opératoires, la mécanique d’un ransomware suit généralement les mêmes grandes étapes :
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Infection initiale
Le rançongiciel s’introduit sur un poste de travail, un serveur ou un terminal via un email piégé, une faille de sécurité, un logiciel compromis ou un accès distant mal protégé. -
Prise de pied et reconnaissance
Une fois installé, le malware cherche à étendre ses privilèges, à identifier les partages de fichiers, les serveurs critiques, les sauvegardes accessibles ou les comptes administrateurs. -
Propagation dans le réseau
Le ransomware tente de se propager latéralement vers d’autres machines, y compris au travers de VPN, d’outils d’administration à distance ou de partages réseau mal segmentés. -
Chiffrement ou verrouillage
Les fichiers ciblés sont chiffrés ou le système est verrouillé, rendant les données inutilisables. Certaines variantes chiffrent également les sauvegardes connectées, ce qui complique fortement la récupération. -
Exfiltration des données (double extorsion)
De plus en plus d’attaques incluent une phase de vol de données sensibles, utilisées ensuite comme levier pour menacer l’entreprise de publication ou de revente. -
Note de rançon et négociation
Un message s’affiche, indiquant le montant à payer, la marche à suivre et parfois un canal de négociation via une fenêtre de messagerie. L’objectif est de vous pousser à payer vite, avant que vous ne puissiez organiser la réponse.
Comprendre ce cycle permet déjà d’identifier les points de défense possibles en empêchant l’infection initiale, en limitant la propagation, en détectant les comportements anormaux et en restaurant rapidement à partir de sauvegardes saines.
Les principaux types de ransomwares
Les ransomwares se déclinent en plusieurs familles, chacune exploitant une facette différente de vos systèmes d’information.
Crypto-ransomwares
Ce sont les plus répandus. Les crypto-ransomwares chiffrent vos fichiers à l’aide d’algorithmes solides, puis exigent une rançon pour fournir la clé de déchiffrement. Ils visent particulièrement les serveurs de fichiers, les bases de données et les environnements partagés, là où l’impact est maximal.
Locker-ransomwares
Les locker-ransomwares ne chiffrent pas forcément les données mais verrouillent complètement l’accès au système (écran bloqué, session impossible à ouvrir, etc.). Ils sont souvent utilisés contre les particuliers, mais peuvent aussi paralyser un poste clé dans une entreprise.
Ransomware-as-a-Service (RaaS)
Avec le Ransomware-as-a-Service, des développeurs professionnels mettent à disposition des kits prêts à l’emploi sur le dark web. Des affiliés gèrent ensuite la diffusion des attaques et partagent les rançons collectées. Ce modèle “clé en main” a largement contribué à l’explosion du nombre d’attaques.
Double extorsion
Dans cette variante, les attaquants chiffrent les données et les exfiltrent. S’ils n’obtiennent pas la rançon, ils menacent de publier les données ou de les vendre. L’entreprise subit alors une double pression : reprendre son activité et éviter une fuite massive d’informations sensibles.
Ransomwares ciblés
Les ransomwares ciblés visent des organisations précises : PME industrielles, collectivités, hôpitaux, bureaux d’études, etc. Les attaquants prennent le temps de cartographier l’environnement, de neutraliser les sauvegardes et d’estimer la capacité de paiement avant de déclencher le chiffrement.
Ransomwares mobiles
Ces ransomwares s’attaquent aux smartphones et tablettes, verrouillent l’appareil ou chiffrent certains fichiers, puis réclament une rançon sous couvert, parfois, d’un faux message d’autorité (police, service fiscal…).
Comment les ransomwares infectent-ils vos systèmes ?
Les méthodes d’infection sont variées, mais reviennent souvent aux mêmes points faibles.
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Phishing et pièces jointes piégées
Des emails apparemment légitimes contiennent une pièce jointe malveillante ou un lien vers un site compromis. Pour cette raison, la sécurisation de la messagerie (filtrage + protection des liens) est cruciale. Un simple clic peut suffire à lancer l’infection. D’où l’importance d’une sensibilisation à l’hameçonnage et de mettre en place une solution de filtrage antispam avancé. -
Exploit de failles de sécurité
Les attaquants scannent le web à la recherche de serveurs, VPN ou applications non mis à jour. Une vulnérabilité critique non corrigée peut ouvrir la porte à une compromission complète. -
Médias amovibles et périphériques
Une clé USB ou un disque externe infecté, branché sur un poste interne, peut servir de cheval de Troie pour introduire le ransomware dans le réseau. -
Accès distants mal protégés (RDP, VPN, outils d’admin)
Des accès exposés sur Internet avec des mots de passe faibles ou sans authentification multi-facteurs (MFA) sont une cible de choix. Une fois connectés, les attaquants disposent d’un accès quasi légitime au système. -
Logiciels piratés ou compromis
Des programmes téléchargés sur des sites non officiels peuvent intégrer du code malveillant, invisible pour l’utilisateur.
Propagation et impact sur les sauvegardes
Une fois à l’intérieur, le ransomware cherche à se propager latéralement via les partages de fichiers, serveurs, environnements virtualisés, postes reliés par VPN… Il peut aussi cibler vos sauvegardes en ligne si elles sont montées comme un simple disque réseau. Celles-ci peuvent alors être chiffrées à leur tour, ce qui rend la récupération beaucoup plus complexe.

Quelles sont les conséquences d’une attaque de ransomware pour une PME ?
Une attaque de ransomware peut avoir des conséquences lourdes, parfois fatales, pour une PME :
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Perte de données sensibles
Sans sauvegarde exploitable, des années de factures, de plans, de données clients ou de propriété intellectuelle peuvent disparaître. -
Interruption d’activité
Production à l’arrêt, impossibilité de facturer, services indisponibles : chaque heure compte, surtout lorsqu’une grande partie du système d’information est paralysée. -
Coûts directs et indirects
Intervention d’experts, restauration, matériel à remplacer, pénalités de retard, pertes de revenus… La rançon n’est souvent que la partie visible de l’iceberg. Pour cette raison, il est utile de se prémunir des conséquences financières avec une cyber-assurance. -
Atteinte à l’image et à la confiance
Fuite de données clients, indisponibilité prolongée, communication de crise mal gérée : la réputation de l’entreprise peut être durablement touchée. -
Risques réglementaires
En cas de fuite de données personnelles, des obligations de notification et des sanctions potentielles (RGPD notamment) peuvent s’ajouter au coût global de l’incident.
Comment se protéger des ransomwares ?
La protection contre les ransomwares repose sur une combinaison de mesures techniques, organisationnelles et humaines. L’objectif n’est pas seulement d’empêcher l’attaque, mais aussi de limiter son impact et de pouvoir redémarrer rapidement.
Sauvegardes régulières et déconnectées
La première ligne de défense reste une stratégie de sauvegarde robuste :
- Sauvegarder régulièrement les données critiques.
- Conserver au moins une copie hors ligne ou immuable, inaccessible directement depuis les systèmes de production.
- Tester régulièrement les procédures de restauration.
En pratique, cela signifie mettre en place une vraie politique de sauvegarde externalisée et managée, avec des scénarios de reprise clairs.
Mises à jour et hygiène technique
Un système non mis à jour est une cible facile :
- Installer rapidement les correctifs de sécurité fournis par les éditeurs.
- Désactiver les services obsolètes ou inutilisés.
- Contrôler les accès administrateurs et privilégier le principe du moindre privilège.
Plus le temps entre la publication d’une faille et son correctif est court, plus vous réduisez la fenêtre d’attaque.
Sensibilisation et culture cyber
Les collaborateurs restent souvent la première ligne – et parfois la première faille. Il est indispensable de :
- Former les équipes à reconnaître les emails suspects, les demandes urgentes ou anormales, les pièces jointes douteuses.
- Mettre en place des campagnes régulières de sensibilisation contre le phishing.
- Rappeler les bonnes pratiques : mots de passe robustes, MFA, prudence sur les clés USB inconnues…
Protection des points d’accès et du réseau
Les outils de sécurité jouent un rôle clé, à condition d’être bien intégrés :
- Déployer des solutions de détection comportementale sur les postes et EPP pour surveiller et protéger les terminaux, détecter les comportements anormaux et isoler automatiquement un poste compromis. Une protection préventive des postes (EPP) et un EDR managé orienté réponse constituent un socle robuste contre les ransomwares.
- Configurer un contrôle des flux et une segmentation au périmètre via un firewall cloud pour filtrer les flux, inspecter les connexions et appliquer des politiques homogènes entre site et cloud.
- Utiliser des solutions de filtrage de contenu et d’anti-spam pour réduire la surface d’attaque via la messagerie – en complément d’un antispam avancé.
Authentification et segmentation
Pour limiter la propagation :
- Activer systématiquement l’authentification multi-facteurs (MFA) sur les accès sensibles, VPN, consoles d’administration et services exposés sur Internet. Vous pouvez vous appuyer sur une approche Zero Trust pour ne plus accorder de confiance implicite au simple fait d’être “dans le réseau”.
- Segmenter le réseau pour éviter qu’une compromission locale ne se transforme en sinistre global.
- Limiter les droits d’accès aux données en fonction des rôles, pas des habitudes.
Supervision et réponse aux incidents
Enfin, il est essentiel de savoir voir ce qui se passe sur le réseau :
- Le déploiement d’un SIEM ou d’une solution de supervision centralisée pour corréler les événements de sécurité et détecter rapidement les signaux faibles.
- Définir un plan de réponse aux incidents clair : qui fait quoi, comment isoler une machine, comment alerter, qui contacte l’hébergeur ou l’assurance, etc.
- Mettre en place une équipe de supervision 24/7 et de qualification d’incident ou s’appuyer sur un service MDR managé pour la surveillance continue et la réponse assistée en cas d’attaque. Nous proposons justement une approche opérée de la cybersécurité (prévenir, détecter, répondre).
Que faire en cas d’attaque de ransomware ?
Malgré toutes les précautions, le risque zéro n’existe pas. En cas d’infection, la manière dont vous réagissez dans les premières heures change souvent tout.
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Isoler immédiatement les systèmes infectés
Déconnectez les postes suspects du réseau (câble, Wi-Fi, VPN), coupez l’accès aux partages, désactivez temporairement certains services si nécessaire. L’objectif est d’empêcher la propagation. -
Ne pas payer la rançon
Payer ne garantit pas la restitution des données et vous place dans une position de faiblesse. Certains groupes ne fournissent jamais de clé de déchiffrement, d’autres reviennent plus tard pour une nouvelle extorsion. -
Alerter les équipes et les autorités compétentes
Prévenez immédiatement votre direction, votre DSI, vos équipes métiers, votre assureur cyber, et signalez l’incident aux autorités (ANSSI, services de police spécialisés, etc.). -
Faire appel à des experts
Des spécialistes en cybersécurité peuvent analyser la situation, identifier le vecteur d’entrée, évaluer l’étendue de la compromission et vous accompagner dans la remédiation. C’est précisément le rôle d’un service MDR managé ou d’une équipe de réponse à incident. -
Analyser et sécuriser les sauvegardes
Avant toute restauration, vérifiez que vos sauvegardes ne sont pas, elles aussi, compromises. Restaurer sans contrôle peut réintroduire le malware dans l’environnement. -
Communiquer de manière transparente
Selon la gravité et la nature des données touchées, il peut être nécessaire d’informer vos clients, partenaires ou collaborateurs, ainsi que l’autorité de protection des données en cas d’atteinte à des informations personnelles. -
Renforcer les défenses après l’incident
Une attaque doit conduire à ajuster vos processus : mises à jour plus fréquentes, segmentation réseau, renforcement des sauvegardes, amélioration de la sensibilisation, etc. C’est une opportunité d’élever durablement le niveau de sécurité.
Peut-on récupérer ses données sans payer la rançon ?
C’est l’une des questions les plus fréquentes, et la réponse est nuancée.
Dans certains cas, il est possible de récupérer ses données sans verser de rançon :
- Lorsque vous disposez de sauvegardes saines, déconnectées au moment de l’attaque, que vous pouvez restaurer sur un environnement propre.
- Lorsque des outils de déchiffrement existent pour certaines familles de ransomwares et sont publiés par des équipes de recherche ou des autorités.
- Lorsque les attaquants ont mal implémenté leur chiffrement, ce qui permet parfois de contourner partiellement le verrou.
Mais rien de tout cela n’est garanti. De nombreuses variantes n’ont aucune solution de déchiffrement connue, et les sauvegardes sont parfois chiffrées en même temps que les données de production.
C’est pourquoi la meilleure stratégie reste de :
- Déployer une sauvegarde externalisée robuste, régulièrement testée.
- Renforcer la prévention (EDR/EPP, firewall, segmentation, MFA, supervision).
- Préparer un plan de crise pour ne pas avoir à improviser au milieu de l’incident.
Quel est l’avenir des ransomwares ?
Les ransomwares ne vont pas disparaître. Au contraire, tout indique qu’ils vont continuer à évoluer :
- Attaques plus ciblées sur des secteurs jugés critiques ou peu préparés.
- Usage croissant de l’IA pour automatiser la découverte de vulnérabilités, personnaliser les emails de phishing ou optimiser la négociation.
- Double et triple extorsion : chiffrement, fuite de données, pression sur les clients ou partenaires pour les informer directement qu’ils sont concernés.
Face à cette dynamique, les organisations doivent adopter une approche globale de la cybersécurité : gouvernance, sensibilisation, solutions techniques, supervision, plans de réponse. Les ransomwares ne sont pas qu’un sujet “informatique” : ils touchent directement la continuité d’activité, la réputation et la confiance que vos clients accordent à votre entreprise.
En construisant une architecture de sécurité adaptée (sauvegardes, EDR/EPP, firewall, antispam, MFA, supervision et services managés) vous réduisez drastiquement les chances que votre PME devienne la prochaine victime d’un rançongiciel.
Conclusion
Un ransomware n’est pas une simple panne informatique. C’est un scénario de rupture, qui teste la capacité d’une entreprise à encaisser un choc brutal et à reprendre le contrôle de son activité. Et pourquoi les PME sont autant ciblées ? Parce qu’elles n’envisagent pas le risque.
En effet, les organisations qui s’en sortent le mieux ne sont pas celles qui pensent être à l’abri, mais celles qui ont accepté l’idée que l’incident est possible et qui ont structuré leur réponse en conséquence. La cybersécurité, face aux ransomwares, devient alors un levier de résilience plutôt qu’un simple ensemble de protections techniques.